Le Pilier
PREFACE
On s'étonnera peut-être du poids des didascalies dans le texte du Pilier. Ce choix est guidé par deux raisons: on n'écrit pas du théâtre comme de la littérature car il appartient à l'ordre du
spectacle. Le texte théâtral n'est pas fait pour être lu mais pour être joué. Un spectacle a plusieurs composantes, son texte n'en est qu'une. Pour celui qui travaille sur le texte, il lui faut avoir
un aperçu du tout -même éphémère- s'il veut parfaire sa partie. Il se projette donc dans l'espace du théâtre pour dépasser les limites de l'écriture, ce n'est pas une mise en scène de l'écriture,
c'est une mise en cause. Mais surtout, ce n'est qu'une proposition ontologique du texte et puisque le théâtre se fait sur la scène, le contenu de ces didascalies disparaîtra de lui-même si il ne
correspond pas à l'action qui s'élabore.
La deuxième raison peut sembler paradoxale. Bien que la didascalie induise le spectacle, elle n'est pas conçue pour être dite et appartient au domaine du littéraire. Par là elle déclenche un désir
pur d'écriture dans lequel elle éclôt et qui étrangement sauve le théâtre en lui ôtant le vêtement littéraire qu'elle seule s'approprie.
Si les propositions gestuelles et sonores des didascalies disparaissent à l'heure du choix de la mise en scène, il n'en demeure pas moins que Le Pilier n'est pas un théâtre réaliste, ni
naturaliste et encore moins psychologique. Nous sommes dans un monde où des forces antagonistes se rencontrent, se heurtent et tentent de s'annihiler. Le Pilier est un songe dont l'univers est à la
merci de l'acte théâtral. Autant dire que sa vérité repose sur le metteur en scène et les acteurs. Tout est à inventer même avec une base textuelle. L'acteur n'interprète pas, il fait. Il n'est pas
la représentation d'une émotion, il la crée en écho pour le spectateur comme il peut manipuler des objets absents dont il nous donnera l'illusion. L'acteur induit le plein sur le vide sous le regard
du metteur en scène qui par son choix de spectacle compose l'objectivation du texte et par là-même l'incarne.
Ce qu'il faut décrypter dans le théâtre du Pilier, c'est l'ambition d'une véritable création ou le désir de l'auteur de voir son écrit approprié par un metteur en scène qui ne se sert pas uniquement
des mots pour faire sens.
ANNE THERON
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- Production: Merlin Production
- Théâtre Gérard Philippe - 2000
- Avec: Phil Deguil, Raphaëlle Gitlis, Christophe Grundmann, Caroline Proust, Sofyan Abdechchafiq, Nils Euwer et Térence Grall..
- Assistants à la mise en scéne: Pierre Guilois & Claire Schmitt.
- Dramaturgie: Nikola Kämmerer
- Scénographie et costumes : Barbara Kraft
- Chorégraphie: Fabrice Dugied
- Création lumière: Benoit Théron
- Création Image: Olivier Tremolet
- Création sonore: Thierry Fournier
- Regie /Construction décor: Luc Beril
- Fabrication costumes: Roxana Bullier
Cie Les Productions Merlin