#2 - Loin de Corpus Christi - ENSATT, 2013

LOIN DE CORPUS CHRISTI

Texte : Christophe Pellet 

Mise en scène : Anne Théron

Avec les étudiants de la 72ème promotion de l'ENSATT - Lyon

Création à l'Ensatt - Lyon

 

Répétitions : du 7 janvier au 16 février 2013

Représentations : du 18 février au 1 mars 2013

 

 


DEUXIEME SEMAINE : du 14 au 18 janvier 2013

 

 

 

©Pierre-Yves Poudou
©Pierre-Yves Poudou

 

JOUR 6 : Lundi 14 janvier 2013

Retrouvailles le lundi. Au plateau, Julien et Guillaume, les sondiers, commencent à accrocher les différents points de diffusion et Sarah, créatrice lumière, réfléchit à ses premières gamelles, tandis que Charles et Bertrand, les scénographes, nous installent des leurres pour qu’on puisse se repérer dans l’espace. Borght est avec eux, il dérushe les gros plans des comédiens.

Avec Pierre-Yves, mon assistant, nous retrouvons les comédiens à la table. Ils savent déjà à peu près leur texte, on reprend du début pour travailler les intentions et les adresses. Rien de pire pour un comédien que de parler dans le vide. C’est comme pour un danseur qui n’a pas de point d’appui où poser son regard.

Je m’aperçois à quel point certaines scènes relèvent du scénario et qu’il faudra être vigilant à ne pas se laisser emporter par un jeu trop réaliste, tout en gardant cette fluidité que le texte exige pour ne pas sombrer dans le didactisme.

Pas facile pour Liza et Marion, qui jouent Norma et Julie.

Joseph qui interprète Moritz est étonnant. Un son décalé et pourtant une incarnation qui donne une véritable épaisseur au personnage.

Contentement de constater que tous les comédiens ont déjà fait un sacré chemin depuis la première lecture, une semaine auparavant. ça vit, encore maladroitement, mais ça vit.



JOUR 7 : Mardi 15 janvier 2013

Le mardi, équalisation des micros. Les douze comédiens se succèdent sur le plateau où je découvre les leurres et constate que l’espace de jeu n’est pas si grand, il va falloir savoir gérer l’espace pour ne pas être dépassé par le nombre.

Peut-être revenir sur l'hypothèse posée au début du travail, que tout le monde soit toujours sur le plateau.

 


©Pierre-Yves Poudou
©Pierre-Yves Poudou

 

JOUR 8 : Mercredi 16 janvier 2013

Le mercredi, début des répétions sur le plateau. J’ai demandé à Mathieu, qui a une formation de danseur, d’organiser un training physique entre 13 et 13h30 pour les comédiens. Ce n’est pas simplement un travail de corps, mais aussi le moyen de souder le groupe.

Ceci dit, le groupe va bien. C’est agréable de travailler avec un groupe aussi cordial, pas simplement entre acteurs mais également avec les créateurs.

 

Guillaume va très vite pour installer les micros aux comédiens, mais pour l’instant nous n’avons pas de casque. Première fois que je travaille avec des HF sans serre-tête.

J’avais prévu de défricher 5 scènes par jour, mais nous travaillons également la 6, avec Anne, Agnès et Johann.

Je veux commencer par un close up sur Anne, derrière la vitre du couloir, pendant la voix off du prologue, un corps de femme martyrisé, torse nu, éclairé par une douche blanche, glisser de la chair à la viande, que la souffrance soit inscrite dans le corps et non dans le jeu. J’avais proposé qu’Anne soit écrasée contre la vitre, mais la construction du couloir vitré et le plexis ne résisteront pas à une poussée. Finalement, je lui propose de se tenir les mains dans le dos, qu’elle apparaisse telle une femme sans bras, le torse cambré vers l’arrière, la tête également. Torsion, déformation, tandis qu’elle fredonne par moments, dans l’épuisement du souffle, quelques brides de la comptine Une souris verte, comptine que tous les enfants connaissent et chantonnent sans se rendre compte de la violence des paroles.

On tente l’envoi de certains sons, mais on s’aperçoit que des sons trop réalistes nous emmènent du côté de la série télé.

Comme pour la scéno, difficile de respecter le principe du triptyque, à chaque époque son environnement sonore. Nous nous orientons vers un objet plus global, plus étrange aussi peut-être, où les scènes à Hollywood, mais également à Berlin, appartiennent à la fiction de Anne, des flash-back sur des époques révolues qu’elle ordonne au gré de sa prétendue enquête. D’où des nappes longues et parfois inquiétantes, dans lesquelles il faut intégrer des incidents sonores, même brefs, et qu’il faut interrompre parfois pour envoyer un rythme plus soutenu, y compris dans le volume.

Si nous sommes loin d’avoir abouti la partition, la logique de l’objet apparaît doucement.

 


©Pierre-Yves Poudou
©Pierre-Yves Poudou

 

JOUR 9 : Jeudi 17 janvier 2013

Le jeudi, longue discussion avec Borght et Charles sur le statut de l’image dans cette mise en scène. En fait, c’est le plateau qui fabrique l’image et il y a déjà une polysémie de signes, avec ces corps toujours présents qui se croisent et s’éloignent. Comment ne pas perdre le spectateur face à ces interprètes qui jouent parfois, ou sont là mais encore dans leur personnage ou sont tout simplement des corps sur un plateau. Trois niveaux de lecture donc, plus le son qui aura une place conséquente. Même si la lumière va nous permettre de poser des repères plus nets, la projection d’images filmées ne peut se faire qu’au compte goutte, pour éviter le mille feuilles écœurant.

Mon désir de filmer les 2 scènes de fête à Hollywood et d’en proposer divers montages ne passera pas dans cet objet. Autant privilégier ce qui se joue sur le plateau. Nous revenons donc aux gros plans des visages des personnages, réfléchissons à quand les envoyer, etc. Nous décidons également qu’il nous faut certains plans « abstraits », une ville la nuit, la mer, des jambes qui courent le long d’un mur. Bref de laisser la narration au plateau et de développer un hors champ onirique, qui ne raconte pas en plus de ce qui se joue.

 

L’après-midi, nous terminons la mis en place de la première partie, et nous la filons dans sa globalité : une heure. Nous serons donc à deux bonnes heures de spectacle.

Les comédiens continuent à évoluer, s’approchent chaque jour un peu plus de leur personnage. Louka est étonnant, il est Brecht, il l’a été très vite et ne cesse de l’être un peu plus. Pourtant, rien de particulièrement signifiant dans son jeu, à part une paire de lunettes rondes. Non, c’est une manière de planter le corps sur le plateau, d’avancer d’un pas décidé. Je vois Brecht, ses convictions, son intelligence, sa fatigue d’être contraint à travailler à Hollywood qu’il n’aimait pas.

Marion cherche la voix de Julie. En décrochant certains mots de la phrase, pour les projeter dans les aigus, elle devient vraiment drôle.

Quant à Mathieu qui joue Pierre Ramut, il a trouvé un autre corps que celui du vieux professeur Russe sentimental. Du coup, on échappe au côté didactique du personnage.



©Pierre-Yves Poudou
©Pierre-Yves Poudou

 

JOUR 10 : Vendredi 18 janvier 2013

Vendredi, nous attaquons la deuxième partie. Les constatations des derniers jours se confirment : alléger le nombre de présences sur le plateau, travailler une bande-son qui convoque des ambiances fantastiques, sélectionner les images pour ne pas créer la confusion.

Le soir, épuisement général. Satisfaction également car tout le monde se rend compte que ça avance. Je saute dans mon train pour Paris.

 

 

 

Billets de Anne Théron

Janvier 2013

ENSATT

 

 


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