JACKIE

Texte Elfriede Jelinek

Un spectacle de Anne Théron et Claire Servant

UN MONOLOGUE DE ELFRIEDE JELINEK

 

Un spectacle de Anne Théron et Claire Servant

 

 

 

UN MONOLOGUE DE ELFRIEDE JELINEK

 

Un spectacle de Anne Théron et Claire Servant

 

JACKIE

Création 2010

[Disponible en tournée]

    

 

Texte : Elfriede Jelinek 

Un spectacle de Anne Théron et Claire Servant


Avec : Nirupama NITYANANDAN et Julie COUTANT


Mise en scène : Anne THERON

Chorégraphie : Claire SERVANT

Création son : Jean-Baptiste DROULERS
Création lumière : Benoît THERON
Scénographie : Barbara KRAFT
Conception image : Jean-Louis GONNET

 


Production Cie Les Productions Merlin, Coproduction Théâtre-SN de Poitiers, TU de Nantes 



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PREMIÈRES RÉFLEXIONS POUR UNE MISE EN SCÈNE


JACKIE KENNEDY
D'abord, il y a Jackie Kennedy, cette silhouette mince et brune, dont nous nous souvenons tous. Peinte par Warhol, égérie d'une jet set particulièrement glamour, elle reste une figure de la modernité.
Née Jacqueline Lee Bouvier en 29, dans l'Etat de New-York, favorisée dès la naissance par la fortune, elle fréquente des écoles sélectes, est appréciée pour ses qualités littéraires et sportives, mais sa mère freine très vite ses velléités professionnelles.
Jackie est obéissante, elle le prouve en épousant, le 12 septembre 58, John Fitzerald Kennedy, star montante du parti démocrate, de 12 ans son aîné. Le mariage est célébré par le Cardinal Richard Cushing, ami de la famille Kennedy, et est considéré comme l'évènement mondain de la saison.

Mais Jackie a des relations difficiles avec la famille Kennedy et son mariage est tout de suite troublé par les maladies et les infidélités de son époux.

Elle fait une fausse couche en 1955, puis donne naissance à une petite fille mort-née en 1956, et finit par mettre au monde sa fille Caroline en 1957. Kennedy est déjà élu président des États-Unis quand son fils John Fitzgerald Kennedy Jr. naît le 25 novembre 1960. Le dernier enfant du couple, né prématurément le 7 août 1963 meurt deux jours plus tard, des suites d'une malformation pulmonaire.

En janvier 1960, John Fitzgerald Kennedy annonce sa candidature à la présidence des Etats-Unis et gagne l'élection de peu face à son concurrent Nixon le 8 novembre 1960.

John Fitzgerald Kennedy prête serment en tant que trente-cinquième président des États-Unis le 20 janvier 1961. Le somptueux gala qui marque le début de son mandat est organisé par Frank Sinatra et Peter Lawford, et de nombreuses célébrités y sont conviées. Jacqueline Kennedy est désormais connue sous le surnom de Jackie, tandis que son époux, le président, est appelé Jack. Alors âgée de 31 ans, Jackie fait partie des plus jeunes premières dames de l'histoire des Etats-Unis. La restauration de la Maison Blanche devient son grand projet. Elle déclare néanmoins qu'elle sera d'abord mère et épouse et ensuite seulement première dame. Pour elle, les relations familiales sont prédominantes :
« Si vous ne réussissez pas à élever correctement vos enfants, je ne pense pas que quoi que vous fassiez correctement ait encore de l'importance. »

Jackie est très admirée pour son élégance, elle porte les créations de Chanel, Givenchy ou Dior, mais aussi de Lilly Pulitzer ou de Oleg Cassini. On adore son style et ses apparitions officielles créent la légende. Lorsqu'elle arrive avec Jack à Paris, en mai 61, celui-ci déclare « Je suis l'homme qui ai accompagné Jackie Kennedy... et j'ai adoré. » D'ailleurs le Times écrit « Il y avait également son compagnon avec elle. » Il n'y a pas que les politiques qui apprécient la jeune femme, les artistes également. Mais Jackie se rebelle parfois. Lorsqu'elle apprend que Marylin Monroe chantera pour Jack le jour de son 45e anniversaire le 29 mai 1962, elle décide de ne pas y assister.
Néanmoins, Jackie est fidèle à son personnage, quelle que soit la vie extra conjugale de Jack, elle ne manifeste aucun signe de jalousie.

Le 21 novembre 1963, Jackie accompagne son mari au Texas pour sa campagne de réélection. Le lendemain, le couple traverse la ville de Dallas assis à l'arrière d'une voiture officielle décapotée lorsque trois coups de feu éclatent, dont le troisième atteint le président à l'arrière de la tête. En dépit des tentatives de réanimation à l'hôpital le plus proche, le président est finalement déclaré mort.

Quelques heures plus tard, à bord de l'avion présidentiel « Air Force One » qui les ramène à Washington, Lyndon Baines Johnson prête serment comme 36e président des Etats-Unis. A ses côtés se tiennent son épouse Lady Bird et Jackie, qui porte toujours son costume rose Chanel éclaboussé par le sang de son époux, en dépit des suggestions de changer de vêtement, justifiant son attitude par son désir de montrer aux gens ce qu'on avait fait à son mari. En outre, elle refuse de quitter sa dépouille et exige que deux prêtres catholiques l'assistent.

Lors de l'enterrement du président Kennedy qui a lieu le 25 novembre 1963, date du troisième anniversaire de son fils John junior, Jacqueline Kennedy et ses deux enfants montent et descendent les premiers les marches de l'entrée de la cathédrale. Pendant la cérémonie, elle ne manifeste son émotion que lors de l'Ave Maria! de Franz Schubert. Le public la saluera pour sa tenue considérée comme droite et valeureuse.

Deux semaines plus tard, elle s'installe avec ses deux enfants dans un appartement de la Cinquième Avenue à New-York.

Le 20 octobre 1968, elle épouse l'armateur et milliardaire grec Aristote Onassis sur l'île de Skorpios, propriété des Onassis, dans la mer Ionienne. Cependant, Onassis aura une liaison avec Lee Radziwill, la sœur de Jackie, tandis que, Maria Callas, quittée par Onasis, est en plein désespoir. Onassis meurt en 75. Jackie n'hérite que de 20 millions de dollars alors qu'elle aurait pu prétendre à beaucoup plus, et rentre à New-York.

Peu après, elle rencontre Maurice Tempelsman, un industriel belge avec qui elle terminera sa vie. En 94, elle est atteinte d'un cancer du système lymphatique. Elle s'éteint dans son sommeil le jeudi 19 mai 1994, à l'âge de 64 ans, dans son appartement de la Cinquième Avenue, à 22 heures 15, entourée de ses proches.




ELFRIEDE JELINEK, SON TEXTE
Et puis il y a Elfriede Jelinek, écrivain autrichienne, dont l'écriture puissante, sèche et corrosive, dénonce depuis ses débuts les idéologies et les humiliations faites aux femmes, tant physiques que morales. On est saisi par la violence qui sous-tend le monologue de Jacky. Une fois de plus, Elfriede Jelinek explore la névrose et la brutalité, en mettant en évidence les rapports de forces socio-politiques et leurs répercussions sur les comportements sentimentaux et sexuels.

Un texte violent donc, mais également d'une effarante douceur : la parole d'une femme proche du pouvoir et pourtant soigneusement cantonnée à son rôle d'épouse. Une femme qui souffre dans son corps des dérèglements de son mari, immédiatement harcelée par la mort de ses deux premiers enfants, immergée dans un univers morbide qui la poursuivra jusqu'au bout.

Jackie, selon Jelinek, c'est d'abord une femme qui crée son image. Ou la subit : « Je préfère être raccrochée à toutes ces images de moi et traînée derrière elles, ainsi je n'ai besoin de m'occuper de rien ». Mais elle dit également : « Je m'allonge dans ma forme, que mes vêtements m'ont forgée » Plus tard, elle dit encore : « C ‘était mon écriture, mes vêtements. (...) Les vêtements sont parfaitement morts, bien qu'ils semblent vivre sur moi. Ou est-ce moi qui vis grâce à mes vêtements ? (...) C'est pour cela que je me suis tellement intéressée à la mode. Elle est ce qu'elle est. Et l'être humain disparaît dedans. »
Création d'une nouvelle silhouette, d'une image, c'est ce qui sous-tend tout le monologue. Finalement, qui est Jackie Kennedy, on ne le saura jamais. On est face à une femme qui a révolutionné la silhouette - robes droites, courtes, taille gommée, qui lui donnent une ligne juvénile, parfois presque androgyne, en rupture avec le style de l'époque, robes plus longues, taille marquée, poitrine moulée -, et d'une certaine manière en créant son image s'est accouchée elle-même.
Mais derrière cette image, qu'y a-t-il ? Elle dit d'elle-même qu'elle est ombre et que seule l'ombre survit alors que la lumière peut s'éteindre n'importe quand.
Car survivante, effectivement elle l'est. Le clan Kennedy est marqué par la mort, et Jackie déclare que le blanc est sa couleur préférée, qu'elle la partage avec la mort, le grand blanchissant.
Il y a donc le vêtement, avec l'idée paradoxale que de se créer une image, c'est pour mieux disparaître : « Je cherche à faire croire que je n'ai pas de corps en dessous ».
Il y a aussi cette obsession de la tenue, qui passe par l'obéissance à une caste : « Il faut que tu obéisses ! C'est seulement quand tu te feras remarquer partout que vraiment tu auras obéi. Blottis-toi contre la chair bien qu'elle soit avariée, le principal est qu'elle soit si richement garnie que la chair disparaisse en dessous. Pour ce qui est de la maîtrise de soi-même, il n'y a meilleure éducation que celle que maman m'a donnée... »

Puis il y a ces substances illicites, qui justement permettent de se tenir et de briller : « Les drogues sont derrière nous, dressées comme des I. C'est vraiment injustes qu'on ne puisse les voir, qu'elles soient si proscrites les pauvres, qui confèrent à notre existence quelque chose de si merveilleux ! C'est vache ! Pendant toute une journée, on peut être éveillé et excité, et personne ne le remarque. Pendant des jours et des nuits, on peut être éveillé et injuste, et personne ne le remarque. Les drogues sont ce dont rêve l'humanité entière mais dont très peu de gens peuvent faire l'expérience. C'est bien comme ça. »

Pas de désir chez Jackie, pas de libido, un froid constat sur son époux : « Equitation, tennis, ski, c'est la manière dont je m'embrasse. Instantanément, Jack a commencé à importuner telle ou telle femme lorsqu'on lui tournait le dos, mais c'était à cause de la cortisone. Ça existe, sans que l'on ait besoin de lâcher la main de maman. Chaque jour, le Don Juan fait des progrès sans avoir pris de cours (...) Il saute sur chaque femme, mais ne saute sur aucune dispute avec moi. » La sexualité avec Jack, c'est une autoroute vers la mort : « Trop d'accouchements, dont plus de la moitié en vain. A quoi bon ! Expulsion prématurée ou mort d'enfant. Je ne me remettrai jamais de la mort de la petite Arabella et du petit Patrick, pas même dans l'éternité. (.) Mon mari souffrait d'une urétrite chronique - une inflammation de l'urètre suite à une blennorragie. Sa maladie d'Addison en empêchait la guérison complète, son système immunitaire était affaibli. Lors de son autopsie, on a d'ailleurs décelé une infection aux chlamydiae. Elle se transmet uniquement par voie sexuelle, voyons de qui à qui selon vous ? » Mort des enfants, mort du mari, mort des beaux-frères.

Il reste le pouvoir ou, là encore, l'image du pouvoir : « Il faut être soi-même les pas que les gens entendent devant la porte, et qui les paralysent de peur. C'est cela le pouvoir. (...) Il n'est pas neutre le public. Il s'exprime expressément dans le but de devenir l'influence décisive, le mètre pour nous, les maîtres, qui nous jetons dans notre propre spectacle et souvent à côté parce que nous n'avons pas la bonne mesure. »

Image de femme dans une langue d'homme, on a du mal à y croire, pourtant cela résonne avec toute la force de l'écriture de Jelinek : « Une personne comme Plath ne sera jamais une icône, sauf pour des bonnes femmes abruties qui pensent avoir conquis leur propre intelligence. Ridicule. D'où pourrait-elle bien sortir ?! A quoi l'emploieraient-elles sinon pour des histoires de palier ? »
Une dernière phrase sur les femmes : « Cependant, à travers nous, les femmes, parle toujours, quoi que nous fassions, autre chose, qui malheureusement parle plus fort que tout, et cette chose est la mort. »


UNE MISE EN SCÈNE

Dès que j'ai eu connaissance de ce texte, j'ai eu envie de le monter. Parce qu'il est drôle, atrocement drôle. Parce qu'il est d'une telle force qu'il peut être chuchoté, comme on murmure les pires atrocités. Parce qu'il est faussement futile. Bref, parce qu'il dénonce un ordre obscène qui n'a pas changé. Et donc, parce que plus que jamais, il faut le donner à entendre.

Description d'une famille, on pourrait même dire d'un gang, au pouvoir. Et qui dit gang signifie abus de pouvoir. A sa tête, un homme, John Kennedy, dont le meurtre a fait un martyr. Il semble que l'homme ne soit pas tout à fait conforme à l'icône que l'histoire a fabriquée. Obsédé sexuel, malade, drogué, voilà en creux le portrait d'un président qui avait le droit et la responsabilité d'appuyer sur le bouton de l'arme atomique.
Description également du rapport politique homme/femme, qui n'a pas beaucoup évolué non plus. Cela dans la bouche d'une femme qui ne se présente pas en victime mais en metteur en scène de sa propre existence ou plutôt de sa propre personne. Avec une parole souvent caricaturale qui accuse en feignant d'adhérer à l'asservissement exigé.

Tout de suite, il m'a semblé évident que ce serait un spectacle pour une comédienne et une danseuse. Il est toujours délicat d'expliquer ce qui relève de l'intuition. Je dirais seulement que ce tandem propose une femme et sa poupée, poupée que la femme est elle-même par ailleurs, et dont elle va créer progressivement l'image, en la maltraitant et en l'obligeant à épouser une forme qui la contraint.

Depuis ses débuts, la compagnie travaille sur la parole et le corps en mouvement. Dans ses derniers objets, elle a invité des danseurs à se mêler aux comédiens, et j'ai signé « Abattoir » avec Claire Servant, chorégraphe qui signera avec moi ce nouvel objet. Ce ne sera donc pas une approche nouvelle. Néanmoins, c'est un spectacle qui sera en rupture avec ceux qui l'ont précédé, articulés sur une esthétique très affichée. Ici, l'ambition est celle de concevoir un objet plus brut, plus proche du corps des interprètes. Plus que jamais, le son et l'image seront présents, reprenant dans leur mise en scène la thématique du texte qui interroge la fabrication de l'image. Mais jusqu'à présent, nos scénographies étaient écrites avant les répétitions et orientaient la conception du spectacle. Cette fois-ci, nous travaillerons avec la parole et le mouvement des interprètes pour aboutir en plusieurs sessions à l'objet final. Parce qu'il me semble essentiel de faire entendre ce monologue dans toute son affreuse dérision et qu'il est urgent de rendre à la scène sa fonction d'agora, là où la parole s'échange et la conscience se nourrit.

Pour la compagnie Les Productions Merlin

Anne Théron
Janvier 2009


 

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