AMOUR/VARIATIONS

Texte et mise en scène Anne Théron

 

AMOUR/VARIATIONS

Création nov. 2008

 

 

Texte et mise en scène : Anne Théron
Gestion des corps : Claire Servant

 

Avec : Nirupama Nityanandan, Pedro Cabanas, Raphaëlle Delaunay, Éric Stieffatre

 

Assistante à la mise en scène : Esther Mollo
Scénographe : Barbara Kraft
Lumière : Benoît Théron
Son : Jean-Baptiste Droulers
Image : Jean-Louis Gonnet



Production : Cie Les Productions Merlin, coproduction Théâtre-SN de Poitiers, Fanal - SN de Saint-Nazaire. Avec l’aide de la DRAC Poitou-Charentes.

Avec le soutien du Théâtre de la Commune - CDN d'Aubervilliers, la Ferme du Buisson - SN de Marne-la-Vallée.


NOTE DE MISE EN SCÈNE

 

 

L'AMOUR IMPOSSIBLE
Dans une ferme isolée, chaque après-midi, à l'heure où tout le monde dort, terrassé par la chaleur, Tomeo, l'intendant, et Niru, la domestique, se retrouvent clandestinement pour se remémorer la passion que leur patron a vécue avec une fille de passage, venue chercher du travail.
Chaque après-midi, immobiles dans l'air étouffant, Niru et Tomeo utilisent les mêmes mots pour raconter cette histoire et se créer des souvenirs, eux qui ne possèdent rien en dehors de cette mémoire volée.
Chaque après-midi, Tomeo parle en espérant que Niru le regardera et qu'il pourra l'approcher.
Chaque après-midi, Niru se dérobe, bien qu'elle attende depuis le matin que Tomeo la rejoigne dans la pièce obscurcie par les persiennes closes.
Pourtant, chaque après-midi les réunit à nouveau, dans l'espoir de cet amour qu'ils ne peuvent vivre, peut-être parce qu'ils n'osent imaginer qu'il leur soit donné.

De ces après-midi, il reste un étrange érotisme et une infinie nostalgie, variations de la vague qui meurt pour mieux renaître, en creusant son empreinte pour aussitôt la recouvrir.


LE MÉLODRAME, SA MISE EN SCÈNE
Cela faisait longtemps que je désirais travailler sur le mélodrame amoureux, parce qu'il propose l'émotion dans son excès, un excès que je qualifierais « d'organique ». Ce ne sont ni les larmes, ni les cris qui m'intéressent mais le désordre d'un corps soumis à de telles tensions que tous les organes s'affolent. Le cœur bat la chamade, le pouls s'accélère, l'intestin se noue et la respiration se bloque. C'est de cette logique organique que naîtra la logique émotionnelle du spectacle.

Mais plus je progresse dans mon travail de mise en scène, plus je m'intéresse aussi à ce qui se joue au-delà des mots et même des corps, pure fiction ou folie de l'être, cachée au fond de sa boîte crânienne. Qu'est-ce qui est vrai dans ce que racontent Niru et Tomeo, sinon leur désir impossible ? La fille et le patron ont-ils réellement existé, cette passion a-t-elle vraiment eu lieu ? Quelle est la nature de l'érotisme qui lie Niru et Tomeo, car de l'érotisme il y en a, ainsi qu'une singulière jouissance dans l'interdit qu'ils s'imposent. Il ne s'agit pas d'une recherche sur la psychologie du personnage, mais d'aller fouiller dans l'inconscient des mécanismes et d'en représenter les différents niveaux comme autant de composantes de l'objet théâtral.

C'est la raison pour laquelle je veux travailler sur diverses entrées, donnant à entendre ce qui est dit, à voir ce qui est incarné, mais également suggérer ce qui appartient à la sensation pure, l'intimité indicible, autant de fils narratifs et sensibles qui composent la trame d'une relation humaine.

 

Les corps
D'abord, il y a les corps de Tomeo et Niru, figés, immobiles, aux aguets de ce qui pourrait brutalement advenir, avec de brusques fulgurances qui les propulsent l'un vers l'autre. Ils se frôlent, chancellent, pour mieux se séparer.
Mais il y a également d'autres corps, ceux des deux danseurs, présences fantasmées et néanmoins incarnées, en lien avec le désir interdit, pures projections de l'imaginaire conscient et inconscient de Niru et Tomeo, déclinaisons de leur propre être mais également images des corps du patron et de la fille, telles des pulsions érotiques que la parole ne sait plus contraindre.

 

Le son
Nous utiliserons des micros HF pour les deux comédiens parce que plus que jamais, il faut entendre ces souffles, ces respirations contrariées, bref le « bruit » que fait un corps sous pression, particulièrement lorsqu'il s'interdit de manifester son agitation et son désarroi. Et puis, on le sait, le désir est sonore, aspiration brutale d'oxygène, apnée, expiration soudaine, raclements de gorge, mais également chuchotements, murmures, soupirs, silences... Le micro HF approche le spectateur de ce qui se joue, avec des acteurs incarnant une situation qui frôle sans cesse son point d'acmé sans jamais l'atteindre. Ce travail de « captation » d'une intimité permet également de traiter le texte comme une matière organique, d'autant qu'il est à situer dans un environnement sonore plus global où le montage des bandes-son, dans lesquelles des musiques sont tissées, est spacialisé dans tout l'espace de représentation.
Quant aux danseurs, nous attendons le travail sur le plateau pour décider si ils seront eux aussi sonorisés, ce qui accentuera leur réalité, ou s'ils seront « muets », tels les fantômes qui peuplent nos boîtes crâniennes.

 

L'image
Si le désir est sonore, il fonctionne d'abord sur le regard qui s'attarde, vacille, fuit, revient, pour finalement désigner l'autre comme l'objet de la séduction. Tomeo cherche Niru du regard. Niru, elle, se dérobe la plupart du temps, par peur de sombrer.
Pour capter cette danse du regard, nous réfléchissons à des projections en gros plan des deux visages. Il est probable que ces images ne soient pas le miroir du moment à la scène, simple décalage ou franche rupture, comme si tout à coup s'avouait la vraie émotion, celle qui échappe au contrôle. Là encore, l'image sera au service de la sensation plutôt que de la narration. Ces quelques gros plans seront en noir et blanc, comme le seront également les brèves images de corps, impossibles à identifier, torses, dos, ventres et membres mélangés, ou même de lit vide, draps froissés, tels des flashs de désir, ou encore d'extérieurs brûlés de soleil, territoires de possibles rencontres.

La scénographie sera au service de l'imaginaire, comme les autres composantes de cet objet. Il n'est donc pas question de décor, ni même « d'intérieur ». Nous travaillons actuellement sur une boîte noire avec des ouvertures ponctuelles sur des perspectives lumineuses. Au sol, une large gouttière transversale avec un peu d'eau croupie, et des éléments qui peuvent apparaître comme une table et des chaises. L'ambition est de brouiller les repères, que nous ne sachions plus si on est dehors ou dedans, ni ce que représente concrètement cet espace sinon la scène d'un imaginaire. Toujours dans cette idée, les projections seront effectuées sur des tulles déroulés sur le plateau, qui permettront à l'image de « flotter » sans support apparent, avec cette même intention de déréaliser la narration.

Quant à la lumière, elle renchérira sur ce jeu d'ombres et d'apparences, en isolant parfois un visage ou en nappant le plateau d'une lumière incertaine, renforçant l'atmosphère irréelle. Ce qui n'empêchera pas de soudains a-plats de couleurs, tel un rideau déchiré.

 

Les interprètes
Ce projet a été conçu pour deux comédiens de nationalité différente, bilingues, capables de voyager entre le français et leur langue maternelle. Nous connaissons tous l'adage « on ne parle pas la même langue ! », en général exprimé entre personnes partageant justement une langue commune mais qui ne leur permet pas de communiquer. J'ai toujours eu envie de tester cette expression dans son sens littéral, c'est à dire mettre effectivement deux langues différentes en présence. Bref, expérimenter en quoi la langue peut parfois séparer plutôt que réunir.
Néanmoins, en travaillant sur le projet de « amour/variations », je me suis aperçue qu'il ne s'agissait pas d'un problème de traduction mais plutôt d'une impossibilité à dire ou à énoncer qui surgirait parfois chez les deux protagonistes. Seul le retour à la langue maternelle leur autorise alors ce dévoilement auquel l'autre ne devrait pas avoir accès. Pourtant, bizarrement, c'est justement à ces moments-là qu'ils semblent le mieux s'entendre...

Pour conclure, il semble que si la langue peut duper, la chair ne s'y trompe pas. C'est pourquoi notre objectif est de faire évoluer ces deux corps dans un espace commun où ils utiliseront les mots pour rester à distance. La présence des danseurs, elle, proposera du lien, le lien des corps irrésistiblement aimantés malgré l'interdit qu'ils s'imposent.

 

L'équipe artistique
La compagnie travaille avec les mêmes créateurs depuis son premier spectacle. Que ce soit Barbara Kraft, scénographe et costumière, Benoît Théron, créateur lumière, et plus récemment Jean-Baptiste Droulers, créateur son, c'est avec eux que je construis progressivement mon propre langage scénique, articulé autour du son et du corps en mouvement dans un espace donné.
Dans ce spectacle, nous introduisons l'image, avec la collaboration de Jean-Louis Gonnet, cinéaste, qui a accepté de se joindre à nous.

 

Les répétitions
Nous avancerons par étapes, en trois fois.
Il y aura d'abord une première recherche à faire sur le texte, son articulation, son rythme et sa progression, en y découpant les différents mouvements et les quelques moments où la langue maternelle de chacun surgit. Nous utiliserons dès cette première étape le micro HF qui fait partie intégrante du travail de diction et de respiration. Les danseurs seront présents pour que nous décidions ensemble de la gestion de leur présence.
Puis un travail de plateau avec tous les intervenants pour que l'interprétation, le son, la lumière et l'image construisent l'objet ensemble, de manière à se répondre mutuellement, méthode de travail qui est celle de la compagnie depuis ses débuts.
Après une interruption nécessaire à la technique (mix sons, mix images, derniers tests lumières, réglages scénographiques en vue des différents plateaux sur lesquels nous allons jouer), nous aborderons la troisième étape qui servira à caler ces différentes composantes pour qu'elles répondent toutes à une même logique émotionnelle, afin que le spectateur puisse s'approprier cet objet qui lui est destiné, un objet qui utilise le mélodrame comme une mise en abîme du désir interdit.

Anne Théron
mars 08


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